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Journalisme. Prix RSF-TV5 Monde 2017. Radio Jupiter de Fernand Cello, nominée

Première dans les annales du journalisme mondial: un média malgache, en l’occurrence une radio, a été nominé pour le prix Reporters Sans Frontières (RSF)-TV5 Monde. Il s’agit de Radio Jupiter, à Ilakaka, de notre confrère Fernand Avimana alias Fernand Cello. Hommage à un vrai journaliste d’investigation de l’actuelle génération ayant tendance à être gangrénée par une corruption étatique déguisée avec des médias malgaches pseudo-indépendants.


Qu’est-ce que le prix RSF-TV5 Monde?

Depuis 1992, le Prix Reporters sans frontières-TV5 Monde contribue chaque année, aux avancées de la liberté de l’information en récompensant des journalistes et médias s’étant illustrés dans la défense ou la promotion de la liberté de l’information. Outre sa dimension honorifique, les prix remis aux lauréats sont accompagnés d’une dotation d’une valeur de 2500 euros.


Présentation de Radio Jupiter par RSF

Créé en 2002 dans la ville minière d’Ilaka, Radio Jupiter est l’une des rares radios locales malgaches indépendantes. Son créateur, Fernand Cello, s’est toujours attaché à dénoncer les collusions entre les autorités locales et les compagnies privées. En 2005, la radio est victime d’un incendie criminel, mais parvient à rouvrir en 2012. En août 2016, la station se voit privée de courant après avoir mis en cause la compagnie locale d’électricité à l’antenne. En réponse, Radio Jupiter se dote de panneaux solaires et poursuit son travail. Mais en décembre de la même année, la police saisit son émetteur et les autorités ouvrent une procédure contre son fondateur pour «appel à la rébellion». Son tort: avoir dénoncé l’exploitation minière sauvage de la société Gondwana (inculpée depuis). Fernand Cello est arrêté alors qu’il est hospitalisé en mai 2017 et jeté en prison où il attend toujours une date de procès.


Liberté de la presse au Forum mondial de la démocratie

Cette année 2017, Ils sont 18 nominés à ce prix RSF-TV5 Monde. Dix-huit journalistes et médias sélectionnés par les équipes de RSF pour leur professionnalisme, leur indépendance et leur engagement en faveur de la liberté de la presse. Trois d’entre eux se verront remettre le Prix RSF-TV5 Monde pour la liberté de la presse. La cérémonie de remise des prix se déroulera le 7 novembre 2017, à Strasbourg, dans le cadre du Forum mondial de la démocratie, durant laquelle l’organisation RSF récompensera trois lauréats dans les catégories «Journaliste», «Média» et «Journaliste-citoyen».

Dans la catégorie « Média », hormis Radio Jupiter, figurent :


Mada Masr. C’est un média de référence, tant en Égypte qu’à l’international, pour ses enquêtes sur des sujets sensibles peu couverts par la presse locale. Il a été créé en 2013 par un groupe de jeunes journalistes qui avaient fait leurs classes à Egypt Independent, interdit après la parution d’un article critiquant les forces armées. Mada Masr, qui publie en arabe et en anglais, se donne pour mission de couvrir l’actualité en Égypte de manière engagée et indépendante, ce qui lui a valu d’être censuré. Il fait partie des premiers sites bloqués en mai dernier en Égypte lors la campagne de blackout digital qui touche aujourd’hui des centaines de sites dans le pays. Depuis, il publie ses articles sur sa page Facebook.


Al-Wasat. Ce journal arabophone indépendant était le dernier bastion de liberté d’expression dans le royaume de Bahreïn, où les voix libres sont réprimées et risquent de lourdes peines de prison au prétexte de charges fallacieuses. Depuis le 4 juin dernier, Al-Wasat est arbitrairement suspendu par les autorités, en raison de « violations récurrentes de la loi ». Le journal est accusé d’avoir incité à la division et tenté de miner les relations étrangères du Royaume en raison d’un article sur les récents mouvements de contestation au Maroc. Dans le collimateur des autorités depuis des années, Al-Wasat, déjà suspendu plusieurs fois depuis sa création en 2002, a cette fois dû congédier l’ensemble de ses salariés (plus de 160), ce qui met clairement en danger sa survie.


Cambodia Daily. Fondé en 1993 pour contribuer à l’avènement d’une presse libre au Cambodge, le Cambodia Daily, dans le collimateur des autorités, a publié sa dernière édition le 4 septembre dernier. Le quotidien, qui publiait en anglais et en khmer, a constitué une source d’information indépendante durant près d’un quart de siècle dans un pays où une grande partie des médias sont soumis aux directives du gouvernement. La trentaine de collaborateurs du journal n’a jamais hésité à dénoncer les affaires de corruption ou d’atteintes à l’environnement. À un an des élections générales, l’actuel gouvernement de Hun Sen s’est lancé dans une politique intensive de répression de la liberté de la presse dont le Cambodia Daily a été l’une des victimes. Ciblé par un harcèlement financier, le Cambodia Daily survit aujourd’hui sur Internet.


Río Doce. Magazine hebdomadaire (papier et web), fondé en 2003 et basé dans l’État du Sinaloa au Mexique, l’un des plus affectés par le crime organisé. La revue est spécialisée dans les enquêtes au long cours et les investigations. Son indépendance et ses points de vue critiques ont valu à de nombreux journalistes d’être menacés, au journal d’être publiquement dénigré par les autorités du Sinaloa. Le 15 mai 2017, l’un des fondateurs de Río Doce, Javier Valdez Cárdenas (aussi correspondant de l’AFP) a été assassiné par des hommes armés et cagoulés. Le journaliste avait fait du narcotrafic sa spécialité. Sa mort a provoqué une onde de choc à travers le pays, suscitant de nombreuses manifestations de solidarité des journalistes.


Factum. Magazine en ligne salvadorien, fondé en 2014 par deux journalistes, l’un spécialisé dans la culture et le divertissement, l’autre dans la corruption et le narcotrafic. En 2017, Factum a publié une enquête, Dans l’intimité de l’escadron de la mort de la police, révélant l’existence d’un groupe au sein de la police nationale civile, en charge d’exterminer les pandillas (groupe délinquants/armés), et dont les pratiques sont aussi violentes qu’illégales. Une investigation a été lancée par la justice salvadorienne à la suite de la publication de l’enquête. Mais l’affaire a entraîné des campagnes de dénigrement, de harcèlement, d’intimidations, et de menaces de mort contre les journalistes de Factum et d’El Faro (un autre média qui a relayé les révélations) ; menaces venant notamment de groupes proches de la police.


Medyascope. Son combat pour une information indépendante est sa source. Lancé en septembre 2015 par le grand journaliste Ruşen Çakır, sa devise est: «Parce que c’est libre». Cette plateforme en ligne entend allier nouvelles technologies et meilleurs standards journalistiques pour rouvrir un débat public verrouillé en Turquie, un pays qui occupe la 155e place sur 180 au Classement mondial 2017 de la liberté de la presse de RSF. À travers des vidéos diffusées en direct puis disponibles en podcast, Medyascope redonne voix aux journalistes marginalisés par la répression et aux journalistes citoyens. Ses programmes se sont rapidement structurés et étoffés jusqu’à couvrir tous les sujets : politique, société, culture, sport… Certaines émissions sont disponibles en langues kurde, anglaise, allemande et française, à l’image du podcast hebdomadaire anglophone This Week in Turkey.


Pour en revenir à Radio Jupiter et plus particulièrement à Fernand Cello, le 26 septembre 2017 au tribunal d’Ihosy, notre jeune confrère, après un simulacre de procès, a été condamné à 2 ans de prison avec sursis, assortis d'une amende de 720.000 ariary. Libre, il est rentré chez lui le soir même et son avocat à fait appel. Rappelons qu'il avait été placé sous mandat de dépôt à la prison d'Ihosy, depuis le 5 mai 2017. Une détention arbitraire pure et simple de 5 mois.


Fierté

Comme je l’ai écrit en début d’article, c’est bien la première fois qu’un média malgache est nominé pour un prix aussi prestigieux que celui de RSF-TV5 Monde. Aussi, récompensé ou non, Radio Jupiter de Fernand Cello, méritait amplement le présent article. Car ce choix de RSF sur Radio Jupiter indique clairement que les médias et journalistes malgaches ne sont pas tous pourris ni mercenaires au service de dirigeants corrupteurs et corrompus qui n’ont pas d’autres visées que de s’enrichir sur le dos d’un peuple paupérisé et spolié de sa terre natale («Tanindrazana») depuis janvier 2014. Et nous, journalistes de plus de 30 ans de métier, sommes fiers de Radio Jupiter à Ilakaka et du jeune Fernand Cello, quand bien même ils sont muselés. Pour le moment…


Jeannot Ramambazafy – Publié dans La Gazette de la Grande Île du 28/10/2017



Mis à jour ( Samedi, 28 Octobre 2017 10:01 )  
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