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Madagascar pays pauvre à jamais: ne jetons pas la première pierre à Coralie Gevers

Ben oui quoi! Quel est, d’après vous, le titre exact de la Belge Coralie Gevers? Celui de tous ses prédécesseurs et de ses successeurs également. Je vous le donne en mille: Représentante résidente, certes, mais surtout Responsable des opérations de la Banque mondiale à Madagascar et aux Comores, depuis mars 2014. Qui dit opérations (addition, soustraction, division, multiplication) dit chiffres et pourcentage. Et il semble bien que ce soit les seuls facteurs d’appréciation utilisés par une banque, aussi mondiale qu’elle puisse l’être. Dans ce milieu, il n’y a pas de philanthropie, ne rêvons pas trop. Tout doit croître. Et seuls les rapports «officiels» font foi et loi. Et nous y voilà. Les autres pourront croasser mais ils finiront par croire.


Le dernier rapport officiel concocté par Coralie Gevers -appuyée par Natasha Sharma, économiste principale-, sur Madagascar (son dernier sans doute), subtilement remanié en «Septième édition de la note de conjoncture économique de Madagascar» («Coping with shocks» en anglais), publié le 23 novembre 2017, tend à penser que dans quelques mois, les Malgaches seront heureux, grâce à «la tendance positive confirmée et observée l’an dernier». Ce qui a permis le déblocage récent de sous pour aider le pauvre gouvernement, qui fait des efforts, à payer les fonctionnaires, bref à fonctionner.

Souvenons-nous aussi, il y a exactement un an jour pour jour, aujourd’hui, à Paris: lors de la Conférence des bailleurs de fonds et des investisseurs, le groupe de la Banque mondiale s’était engagé à investir 1.3 milliard USD devant servir à «soutenir des réformes et permettre des interventions à impact élevé dans les domaines du développement humain, de l’agriculture résiliente, de l’inclusion financière et de l’énergie». Cependant, on ignore la suite quant à ce financement mirobolant annoncé en grandes pompes par le Filoha himself

Pour en revenir au récent rapport de l’’équipe de la Banque mondiale à Madagascar, il émane d’un nouveau Cadre de partenariat pays (CPP) pour la période 2017-2021, révélé en juin 2017. Et il a été mentionné que ce nouveau CPP «repose sur des priorités définies en étroite concertation avec les acteurs concernés». Propos très théoriques, s’il en est, de Coralie Gevers, lors de la présentation de ce CPP: «Ce n’est pas un hasard si ce CPP cherche en premier à renforcer la résilience de la population malgache face aux risques socio-économiques, environnementaux et climatiques. Pour avoir une croissance inclusive et durable, il faut avant tout veiller à ce que les populations aient un bon départ dans la vie dès leur plus jeune âge, soient plus productives grâce à des investissements en infrastructures, un meilleur accès à la finance et un meilleur climat des affaires pour les petites et moyennes entreprises». Bravissimo!

Je vous invite, pour ce week-end, à effectuer une profonde revue de tous les journaux parus ce jour, dans le domaine, justement, des « risques socio-économiques, environnementaux et climatiques» auxquels est confrontée la population malgache: augmentation effrénée du prix du riz, aliment de base des Malgaches; intempéries; hausse des prix des carburants à la pompe, qui vont s’envoler dès janvier 2018, avec la hausse de la taxe sur les produits pétroliers inscrite dans la Loi des Finances 2018, votée les yeux fermés par moins d’un quart des députés de Madagascar. A Tsimbazaza donc (et même chez les «Loholona» de Rivo Rakotovao à Anosikely), aucun risque effectivement: tous les désirs du régime Hvm passent comme lettre à la poste. «Selon les directives de la Banque mondiale», dit-on. En tout cas, vous allez voir ce que vous allez voir en ce qui concerne les textes sur les élections à venir…

C’est pourquoi, du côté de ce régime bananier, on se frotte les mains car, pour ces charlots au pouvoir, la Banque mondiale est dans leur poche (in the pocket). Cependant, en regard des réalités vraies et vécues par la majorité des Malgaches, même Coralie Gevers n’a pu rester muette, étant donné que le gouvernement fait du surplace sinon recule indéniablement face au développement pour lequel il prétend œuvrer sans relâche. Et c’est avec Prudence, Mère de Sûreté, qu’elle a tout de même ajouté: «Mais ces prévisions dépendent de la détermination à préserver la stabilité politique et à poursuivre les réformes importantes. Il faudrait en particulier s’attacher à améliorer les performances des entreprises d’État afin de moins solliciter les ressources publiques, ainsi qu’à renforcer l’environnement des affaires et à enrayer la corruption».

Et effectivement, tous ces sous prêtés (en dehors de donations) cachent ce que vous allez découvrir en lisant la suite de cet article. Ainsi, sans vous embarquer dans un dédale de termes techniques chiffrés, saviez-vous, ô humble lecteur anonyme, qu’il existe, à Madagascar, ce qu’on appelle document de Stratégie de la Dette à Moyen Terme ou SDMT? Non, bien sûr. Eh bien grâce à ce document, vous saurez, à présent, que le principal de la dette (Montant emprunté et non encore remboursé mais qui devra l'être tôt ou tard) que Madagascar (l’État malgache s’entend) doit à la Banque mondiale, a été chiffré à 1883,3 milliards MGA pour l’année 2017. Et tenez-vous bien: jusqu’en 2065, au minimum, les Malgaches rembourseront la dette estimée, à fin décembre 2016, à 12598,7 milliards MGA (c/v 3901,6 millions USD) équivalent à 39,7% du Produit Intérieur Brut (PIB). Le schéma ci-dessus se passe de commentaires et vous n’avez pas besoin d’être un expert… comptable pour le comprendre sans chercher à l’interpréter.

Coralie Gevers ne sera plus au pays, pas plus que ce président Hery Rajaonarimampianina et sa cour de Hvm au pouvoir, mais les Malgaches devront casquer. A qui, dès lors, faudrait-il jeter la première pierre (qui roule n’amasse pas mousse)? Comme l’intitulé de la série de sketches de l’humoriste française Anne Roumanoff: On ne nous dit pas tout! Et on ne dit rien du tout aux Malgaches et leurs descendants qui paieront, paieront, paieront… A présent, vous savez ce que dette odieuse signifie. Quand je lis sur son site que «la Banque mondiale aide le gouvernement malgache à lutter contre la pauvreté et à améliorer le niveau de vie de la population», et que « la croissance malgache s’établira en moyenne à 5,3% en 2019 », je me demande vraiment qui sont les cons dans cette histoire où la Banque mondiale percevra toujours de l’argent en retour de ses «investissements», qu’il pleuve, vente, neige ou séisme (séismer: verbe que je viens d’inventer pour globaliser les catastrophes naturelles auxquelles le pays est annuellement exposé)?

Vous voulez un exemple? En juin 2006, la Banque mondiale avait décidé d’annuler «officiellement» la dette malgache d’un montant total de 2,213 milliards USD prêtés par l’IDA (Association internationale pour le développement). Ce fut effectif le 1er juillet 2006. Explications à l’époque: «Cette décision d’effacer une partie de la dette, c’est-à-dire 444 millions dollars, a déjà été prise quand Madagascar a atteint l’Initiative aux pays pauvres et très endettés (IPPTE) en 2005. Le reste, c’est-à- dire 1,768 milliard, fait partie de la nouvelle Initiative multilatérale pour l’allègement de la dette (MDRI) décidée par les membres du G8». Cela a servi à quoi? Madagascar est plus endetté que jamais et est classé 5ème pays le plus pauvre du monde en ce début du mois de décembre 2017.

Hery Rajaonarimampianina va-t-il encore oser dire que c’est la faute aux autres et, particulièrement, celle du président de la Transition, Andry Rajoelina? Et c’est ici, dans cet article dans ce journal «La Gazette de la Grande île» de ce samedi 1er décembre 2017, que tous ses mensonges et son incompétence, désormais notoire, à diriger une nation -depuis son plagiat sur Nicolas Sarkozy, le 25 janvier 2014-, se révèlent comme la vérité sortant nue du puits. En effet, à cause de la mauvaise gouvernance de Marc Ravalomanana qui avait donc bénéficié d’un effacement de dettes de la part des institutions de Bretton Woods, au début de son second mandat, ces mêmes institutions suspendent toutes leurs aides à partir de décembre 2008.

Il fallait éclaircir l’achat de l’avion dénommé alors Air Force One II. En janvier 2009, survint la révolution orange et les robinets de Bretton Woods se ferment définitivement, sauf pour le volet humanitaire. Ainsi, durant toute la période de transition (2009-2013), celle-ci n’a bénéficié d’aucune aide des institutions financières traditionnelles. Or, le jeune DJ a tout de même pu rembourser les services de la dette de ses prédécesseurs vis-à-vis de la Banque mondiale. Et l’expert comptable et actuel président de la république malgache, en tant que ministre des Finances et du Budget, s’est montré plus qu’à la hauteur de sa tache puisqu’il a reçu les félicitations des institutions de Bretton Woods pour sa gestion de la période transitoire.

Ainsi donc, l’espoir de tout un peuple reposait sur ce Hery vaovao, candidat de substitution et représentant, à l’esprit de millions d’électeurs, le président de la transition qui n’avait pas pu se présenter à cause d’une manœuvre (imbécile mais pas désintéressée) de la communauté internationale qui, pour l’élection présidentielle de 2018, a définitivement rayé -à l’unisson de ses membres- de son schéma, le fameux « Ni…ni ». A présent découvert, le filoha Rajaonarimampianina va croire qu’il n’a plus rien à perdre et va agir comme tous ses pairs dictateurs passés, présents et à venir: confisquer le futur choix arrêté des électeurs malgaches sur un candidat autre que lui. Par tous les moyens. Face à des électeurs analphabètes et illettrés, ils ont réussi à faire disparaître légalement les photos sur les bulletins uniques lors des élections sénatoriales en 2015. Alors, la question que je pose est: où donc étaient tous ces tragi-comiques au pouvoir actuellement, en 2002?

Pour boucler la boucle, je le répète: il ne faut pas jeter la première pierre à Coralie Gevers et en faire un bouc émissaire. Avant elle, il y avait, justement en 2005-2006 par exemple, un certain James Bond. Oui, c’est son vrai nom. Il laissera la place à Robert Black qui, a un moment donné, dans le cadre du CARP (crédit d’appui à la réduction de la pauvreté), avait annoncé que la Banque Mondiale a octroyé à l’État malgache une enveloppe de 40 millions USD pour l’appui à la bonne gouvernance… Autre programme, autre fiasco…

A l’époque encore, le Président de la Banque mondiale était James Wolfensohn qui cèdera sa place à Paul Wolfowitz. N’est-ce pas Coralie? Actuellement, sous le Président Jim Yong Kim, successeur de Robert Zoellick, Madagascar, dirigé par Hery Rajaonarimampianina depuis janvier 2014 donc, est devenu le 5ème pays le pauvre du monde, malgré tout cet argent dont le montant donne le tournis. Why? Le destin de la richissime Grande île de l’océan Indien est-il donc de rester un pays pauvre à jamais? Ou bien le peuple malgache est-il réellement et irrémédiablement maudit? Sornettes!

Hery Martial Rajaonarimampianina Rakotoarimanana est le plus mauvais président de la république élu que le peuple malgache a subi. Et je sais de quoi je parle, moi qui ai connu Philibert Tsiranana, Didier Ratsiraka, Zafy Albert et Marc Ravalomanana. Le mérite (si on peut appeler cela ainsi) du Hery vaovao? Avoir réussi à commettre toutes les erreurs de ses quatre prédécesseurs réunis, en pire et en moins de quatre ans. Et il veut rempiler! Saluons son cran. Un confrère avait titré: «Parti Hvm, Premier tour dia vita !» (Parti Hvm, victoire au premier tour). Avec toutes les tensions qui prévalent, j’ai bien peur que cela devienne «Premier tour dia vita ny aminy»: [un] premier tour et c’en sera fini de lui. En clair: il suffit, à présent, d’une étincelle pour faire sauter l’édifice de cette démocratie et cet état de droit de façade. Connaissez-vous Robert Gabriel Mugabe?... A partir de cette seconde, tout est possible. Bon week-end!

Jeannot Ramambazafy – Article publié également dans le journal La Gazette de la Grande île de ce samedi 2 Décembre 2017

Mis à jour ( Mardi, 05 Décembre 2017 09:28 )  
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